Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 29 janvier 2008 de 17 h 30 à 19 h 00

Pourquoi développer les zones périphériques ?

Rencontre avec Pascale Henrot, codirectrice du Festival Paris quartier d’été.

Avec une affluence record -plus d’1 million de visiteurs transitent chaque jour aux Halles sur 2,1 millions d’habitants- et avec une offre conjuguée de services et d’événements exceptionnels au mètre carré, Paris, ville patrimoine, peut paraitre corsetée dans ses espaces et ses limites.

Pour décongestionner et requalifier la ville, les espaces publics ont peu à peu été réaménagés parfois sous l’effet du lobbying associatif. Rues, places, jardins, voirie, dalles portent la marque d’un découpage sophistiqué qui lisse les conflits d’usage autant qu’il affecte les qualités de partage : l’utilisation de ces espaces de plus grande qualité se révèle en effet de plus en plus complexe. Même la ville événement, la ville éphémère voit ses périmètres de plus en plus normalisés, contraints, ritualisés. C’est aux limites de Paris où résident plus de 100 000 personnes et au-delà, en banlieue, que les terrains d’expérimentation paraissent plus souples.

En 2007, 20% de la programmation artistique du Festival Paris Quartier d’été se déroulait de l’autre côté du périphérique. De Paris plage vers Paris marge, les marges tiendraient-elles les pages ? En banlieue, les potentiels sont grands mais le public diffère. Moins institué, il reste à conquérir. Stimuler les regards, inventer de nouvelles formes de rencontres avec les acteurs des communes limitrophes et le public est un des défis auquel les opérateurs sont confrontés.

Résumé

Mardi 29 janvier 2008, Pascale Henrot, codirectrice du festival Paris Quartier d’Été nous donne rendez-vous au Glaz’art, entre Paris et Aubervilliers, afin de répondre à la question : Pourquoi développer les zones périphériques ?

Paris Quartier d’Été, un festival à ciel ouvert
Paris Quartier d’Été naît en 1990 à l’initiative de Jack Lang, qui souhaite voir l’ouverture des théâtres nationaux parisiens durant la période estivale. Puis, au fur et à mesure, du fait notamment des contraintes pesant sur les équipements (réduction des effectifs, resserrement des saisons) le festival s’installe en extérieur avec une programmation mixte recouvrant propositions populaires et manifestations plus radicales. L’axe programmatique, défendue par Pascale Henrot, étant de présenter des propositions artistiques qui ne se donnent pas à voir aux spectateurs immédiatement. Il faut aller chercher. Pour exemple, le travail de la compagnie Back2back, programmé dans le quartier des Halles à Paris, où l’espace de jeu n’est pas identifiable instantanément par le public.

La difficulté de s’inviter, de s’inventer à Paris
Avec le temps, il devient cependant complexe pour la direction du festival et les artistes programmés de continuer à expérimenter sur le territoire parisien. Les espaces vierges, les friches, les lieux de respirations, les espaces de rien se font de plus en plus rares. Il semble de plus en plus difficile de déréguler les automatismes à Paris. La requalification urbaine en œuvre dans la capitale a engendré une normalisation, une dévitalisation des lieux. Elle a également accru le nombre de mesures réglementaires freinant la diffusion d’œuvres en espace public et les potentiels de détournements urbains.
De plus, l’abondance de l’offre culturelle présente sur le territoire parisien rend difficile les effets de surprise et les coups de théâtre.
Enfin, la multiplication et la dilution des interlocuteurs au sein de la Ville de Paris ne permettent pas de réels échanges structurants, de travail en amont dans les quartiers d’implantation, de bilan concerté sur les retombées de l’action.

Prendre ses quartiers d’été en banlieue
Bien que la programmation de Paris Quartier d’Été demeure majoritairement établie sur le territoire parisien, le festival travaille de manière croissante avec les communes limitrophes et notamment les quartiers difficiles.
Pourquoi ce parti pris et comment s’opère-t-il ?
En banlieue parisienne, les espaces non pensés et les zones de délaissés existent, les publics vierges aussi. Les rencontres sont possibles. Cependant la relation aux spectateurs diffère et mérite d’être travaillée autrement. Le public est la plupart du temps constitué d’habitants et non de spectateurs avertis. On ne s’adresse pas de la même façon à un public qui n’a rien demandé qu’à un public institué. Ce décalage entraîne une modification de l’offre artistique proposée. Les spectacles doivent être à la fois accessibles au niveau de la forme et exigeants au niveau du fond. Ils doivent savoir agripper les passants avec du sens, avec des questions de société.
Cette réalité entraîne la nécessité de mettre en place des partenariats forts et structurants avec les services municipaux des villes concernées. Le partenariat se fonde alors moins sur la question de la proposition artistique que sur celle du spectateur. Comment intéresser les habitants ? Quel est le travail de médiation à mener en amont du festival ? En s’appuyant sur quels relais ? Le dialogue devient possible avec les services municipaux et notamment avec les directions des affaires culturelles. Des évaluations a posteriori sont réalisées par les villes, ce qui permet des remises en question et des repositionnements. Le partenariat avec les villes est également financier. Les villes d’accueil participent à hauteur de 50 % du budget global de la manifestation. Ce partenariat fort entraîne parfois des points de discorde : il n’est pas évident pour une ville de financer une manifestation artistique sans en gérer la programmation.

L’évolution des relations Paris-banlieues
Il reste important de préciser que cette volonté de traverser le périphérique parisien est soutenue par les partenaires du festival (DRAC, Région Île-de-France) et notamment par la municipalité parisienne favorable à une ouverture de la capitale vers sa périphérie. Plusieurs questions se posent néanmoins : la mise en place institutionnelle d’un « Grand Paris » ne risque-t-il pas de créer une nouvelle stratification des interlocuteurs et de pervertir la richesse des relations établies avec les communes limitrophes ? Faut-il continuer à développer, multiplier la programmation avec toujours plus de nouvelles villes limitrophes ? Ne vaut-il mieux pas s’impliquer en profondeur avec quelques villes ciblées afin de travailler le territoire dans la durée, de créer des habitudes, d’inventer des relations sur le long terme avec les populations ?

Codirectrice du Festival Paris quartier d’été depuis 2000, Pascale Henrot associe têtes d’affiche et artistes émergents dans une programmation qui s’étend aux communes limitrophes de Paris.

PARIS 19, GLAZ’ART
7/15 porte de la Villette
Métro 7 Porte de la Villette
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