Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 20 mars 2007 de 15 h 00 à 17 h 00

Pourquoi ça fait du bien ?

Rencontre à l’hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine avec les dix compagnies résidentes regroupées à la Blanchisserie.

Comment transmettre des signes d’attention, de bienveillance, de plaisir et de vie dans un lieu de coupure et de fin de vie  ? Comment voit‑on le monde dans le contexte singulier d’un centre de gériatrie  ?

Les interventions des artistes de la Blanchisserie ont multiplié les chemins pour gagner l’attention des patients. Jardins portatifs, f’acteurs imaginatifs, pique-niques bucoliques… La rencontre reviendra sur une sélection de solutions artistiques élaborées dehors et dedans avec la complicité des personnels soignants parmi 130 interventions en dix ans, au moment où l’inscription des artistes à l’hôpital Charles Foix est remise en question.

Autour de la question « pourquoi ça fait du bien ? », la Fédération des arts de la rue réunissait les 10 compagnies résidentes à la Blanchisserie, mardi 20 mars 2007 à Ivry-Sur-Seine, et plus d’une vingtaine de participants.

La rencontre a débuté par une présentation du collectif « Les Mêmes », regroupant les compagnies résidentes à la Blanchisserie, puis s’est poursuivie par une « promenade-témoignage » au sein de l’hôpital Charles Foix. Lors de cette promenade, chacune des compagnies nous a conté un extrait de vie, un fragment de souvenirs issus de ses expériences auprès des personnes âgées vivant à l’hôpital. Ce temps fort s’est conclu par une visite de la Blanchisserie où, pour l’occasion, le public pouvait apprécier dans la nef une exposition de photos, des vidéos et des installations illustrant le travail des artistes à l’hôpital Charles Foix. Cette visite fut aussi l’occasion pour les participants d’échanger autour des thématiques liées à « l’art à l’hôpital ».

Résumé

« Les Mêmes » se sont installés dans l’ancienne blanchisserie de 
l’hôpital gériatrique Charles Foix à Ivry en 1997. Ils sont logés en résidence depuis cette date par l’AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris) au sein de l’hôpital Charles Foix. Les compagnies résidant au sein de la Blanchisserie travaillent sur des champs artistiques multiples : musique, danse, théâtre, arts plastiques, création lumière et cinéma, construction de décor et serrurerie, art vidéo et multimédia. La Blanchisserie
est donc un espace de création que les 10 compagnies se partagent, selon leurs besoins et leurs projets, en ateliers, studios de répétition, etc.
La nef, grand espace au sein de la Blanchisserie, a été créée comme lieu commun aux compagnies.

Deux ans après leur installation au sein de la Blanchisserie, les « Mêmes » rencontrent l’hôpital. Aucune des compagnies n’a alors l’expérience de la relation aux personnes âgées. L’histoire commence ainsi par une visite de l’hôpital, un face-à-face avec des personnes en fin de vie. Puis elle se poursuit par une convention avec l’hôpital Charles Foix : en échange de leur installation au sein de la Blanchisserie, soutenue par la DRAC et la Région Île-de-France, les artistes s’engagent à intervenir tout au long de l’année au sein de l’hôpital.

Au fil du temps, les propositions artistiques pour l’hôpital s’adaptent et s’approfondissent. En parallèle, un partenariat s’engage avec la ville d’Ivry et lors de la fête de la ville, les artistes, soutenus par un convoi de bénévoles, permettent aux personnes âgées en fauteuil roulant de participer à la fête lors de la programmation des associations des « Mêmes ».

Aucun des artistes n’était prédestiné à travailler en milieu hospitalier mais à l’écoute des témoignages, la rencontre avec l’hôpital, avec l’indicible, a été décisive tant au niveau des parcours artistique et personnel. Pourtant, en 2007, au moment où le collectif « les Mêmes » fête ses dix années d’existence, les directions de l’hôpital et de l’AP-HP, décident de rompre le partenariat, la Blanchisserie allant devenir un laboratoire pharmaceutique (projet soutenu par le département, la ville, la région et antérieur à la venue des artistes dans la blanchisserie). La question qui se pose est la remise en cause d’un travail de dix années auprès de la société civile, un travail de rencontres et de découvertes mutuelles. Et plus largement, la remise en cause de la place de l’artiste dans la cité, le déni d’un travail qui ne semble pas avoir de valeur car il est dénué de valeur marchande.

Citations

La fanfare Ens’Batucada a participé depuis huit ans à tous les projets en lien avec l’hôpital. Les rencontres avec les personnes âgées ont été souvent très touchantes. On arrivait dans la chambre, s’installait autour du lit et on chantait une chanson à l’oreille du souffrant. Un jour, en quittant la chambre, une vieille dame est venue vers moi et m’a serré la main. Elle ne l’a plus lâché pendant plusieurs minutes. Elle fermait les yeux. J’ai senti passé en moi, à travers cette main, presque un siècle de vie.
Ens’Batucada

Pour les fêtes de Noël, nous avions monté un projet lumière dans le parc de l’hôpital intitulé « Watt out ». C’était un éclairage d’interprétation de Noêl. Les installations lumineuses sont restées en place pendant trois semaines. Un vernissage ouvert au public a permis des rencontres entre les personnes âgées et les visiteurs.
La Huitième Compagnie

Extraits de « Souviens-toi de l’hôpital Charles Foix »
De l’hiver 96, première visite de l’hôpital Charles Foix. Réfectoire trop silencieux, paupières closes au-dessus des assiettes ou regards dans le vague.
Des grandes culottes bleues ou se suspendent des corps décharnés
De cette femme qui voulait rentrer chez elle
D’une main posée sur la tienne qui doucement te retient
De celle qui voulait qu’on la laisse tranquille
D’une danse enlevée dans les bras d’un vieillard
De celle qui disait que de toute façon elle n’habitait pas ici et que sa mère allait venir la chercher
De s’asseoir sur le lit d’un « patient », de vouloir à la fois rester tout près et s’enfuir très loin
De te demander ce que tu faisais là
D’entendre crier « j’ai mal » et d’avoir mal
Des fous rires pour ne pas pleurer
De raconter la vie, simplement.

Compagnie KMK

Ce long couloir où nous sommes est le plus long de l’hôpital, il fait 300 mètres. Très souvent y passent des personnes âgées en fauteuil roulant poussées par le personnel soignant. Ce couloir représente pour nous la métaphore de la traversée de l’existence. Nous avons voulu travailler sur le thème de la descente aux enfers en ré-imaginant le mythe d’Orphée et d’Eurydice. Nous avons donc monté une proposition artistique prenant place le long du couloir : cinq films étaient diffusés évoquant ce mythe par le biais de long travelling avec une caméra posée sur un fauteuil roulant. (durant l’intervention, va-et-vient continu de personnes âgées en fauteuil le long du couloir)
Collectif Epoka

Une des premières actions que nous avons menées au sein de l’hôpital a été celle des f’acteurs imaginatifs. À chaque nouvelle saison, nous arrivions en vélo à l’hôpital pour distribuer des cartes postales. Le premier acte fort en arrivant dans les chambres était d’éteindre la télévision. Puis nous lisions les cartes postales écrites par les personnes de la Blanchisserie aux personnes âgées. Cet instant de décalage dans leur quotidien était chargé en émotions, pour elles comme pour nous, et bien souvent il arrivait qu’au moment de partir, elles nous agrippaient le bras en disant « tu pars, ma fille ? ». La plaie et la solitude des personnes âgées sont tellement grandes que nos interventions à l’hôpital ne peuvent pas s’extraire du contexte social. Elles se construisent avec lui.
Deuxième Groupe d’Intervention

L’expression prédominante de la Dernière minute est la percussion rythmique et mélodique. Nous avons donc a priori un rapport bizarre avec le silence. Le travail avec l’hôpital nous a permis de découvrir le silence.
La Dernière Minute

Photos

Transformée avec le soutien de la DRAC Île-de-France et de la Région Île‑de‑France en outil de travail artistique capable d’accueillir répétition musicale et théâtrale ainsi que recherche plastique et construction de décor, la Blanchisserie accueille depuis 1997 dix compagnies résidentes et leurs invités.

Engagées dans leur démarche de création respective couvrant les domaines du théâtre, musique, création sonore, installation plastique, arts visuels principalement en espace public, les dix compagnies conduisent régulièrement depuis dix ans des interventions à l’hôpital Charles Foix : Collectif Epoka, Compagnie de la Dernière Minute, ENS’Batucada, La Huitième Compagnie, Calibom Transitn, À Tout Bout De Sons, Deuxième Groupe d’Intervention, Compagnie KMK, Musica Donf, Dodes’Kaden.

Hôpital Charles Foix, Blanchisserie, Ivry-sur-Seine (94)
7, avenue de la République à Ivry-sur-Seine (94)
Métro 7 Mairie d’Ivry, Bus 182 direction Pont de Choisy, arrêt Hôpital Charles Foix.
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